Sans Pays Fixe

Duo de Francaises d'ailleurs entre Paris, Montreal, Tokyo, Saigon (Ho chi Minh Ville) et la Chine

08 mars 2008

Vitrines d'Isetan Mars 2008 - Delphine au Japon

Isetan Shinjuku est Le grand magasin de Tokyo, là où toute marque de luxe doit avoir son point de vente.
En passant ce samedi de mars devant le magasin, heureuse surprise, à la place des mannequins en habits de luxe au prix exorbitants, les vitrines d'Isetan avaient pour thème Beauty x Energy et étaient remplis d'objets design aux couleurs énergisantes, déclinaisons amusantes autour de la chaise et du meuble pour s'asseoir...

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Deux Bretonnes a Tokyo - Delphine au Japon

Catherine et Véro sont passées me voir à Tokyo: petit week-end entre filles, expos, fous rire, grosse fatigue, pruniers en fleur et bons petits restaus.
Tout en image:

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Devant une créperie à Roppongi.


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Un squat d'artistes à Omotesando, avec des expos photos dans chaque pièce. Le dimanche à Omotesando, une faune de jeunes gens branchés se balade dans les rues, une fille en habit de Candy, une autre avec des énormes rastas multicolores, il y a des friperies en forme de cabane au Canada et le ciel est bleu...

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Les pruniers sont en fleur, les températures remontent...nos deux amies sont déjà HS avec plus de 15h d'affillées debout!

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Heureusement, je les ai emmenées manger de bonnes choses; voici la pomme de Blanche-Neige revisitée à la mode de Tokyo:

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A SUIVRE...


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25 février 2008

le grand coup de balai du printemps - Delphine au Japon

Samedi, je suis allée visiter des galeries à Ginza et dans l'après-midi, des rafales de vent traversaient les rues marchandes.Tous les vélos et panneaux sur pied étaient rabattus à terre.
J'ai su après en regardant la télé que c'était le haru ichiban, 春一番(はるいちばん)littéralement "le printemps numéro 1", un vent violent qui vient de Est-sud-est et va vers l'Ouest-Sud-ouest.
Il traverse le Japon pendant la période de l'établissement du printemps.
Mis à part le bruit et l'impression que le toit de mon appart va s'envoyer comme dans le début du Magicien d'Oz, j'ai toujours beaucoup aimé le haru ichiban, car il est synonyme pour moi de renouveau, il semble emporter avec lui, tous les tracas de l'année dernière, et fait table rase pour accueillir les bourgeons de pruniers en fleur et annonce des températures plus clémentes. Bref, le printemps tout simplement.

Si vous voulez voir à quoi cela ressemble, vous pouvez visionner cette video dans la cours d'une école.
Le vent était si puissant que les trains de la JR ont été retardés le dimanche 24 février.

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23 février 2008

Festival du film Francais a Tokyo

La prévente des billets a commencé.
Si vous êtes à Tokyo et en manque de la France en cinémascope.
Le rendez-vous annuel est là:http://www.unifrance.jp/festival/index_pc.php?langue=FRENCH

Sophie Marceau est à l'affiche de 2 films présentés et elle est l'une des actrices françaises les plus célèbres au Japon. Elle est le visage d'un gamme de produits cosmétiques d'ailleurs.

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On ne la reconnait pas sur cette photo, hein?

J'ai regardé la liste des films présentés, beaucoup de drames, thrillers et co. A croire que cette année, les films sont sponsorisés par les éditions du masque!
J'aurai préféré de quelques petites comédies pour égayer mon hiver à Tokyo, à vrai dire...à suivre.

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Premier mois de vie

Petit Ping a eu 1 mois le dimanche 17 février. Pour les Chinois et les Vietnamiens, c'est un moment important. Les parents ont invité à déjeuner à la maison une cinquantaine de personnes (famille et amis proches), Tuan quelques amis. J'ai renoncé à inviter mes amis quand j'ai compris que je n'allais pas avoir le temps de m'occuper d'eux convenablement. Je préfère faire un truc à part plus tard.

C'est drôle, certaines personnes ont refusé de venir chez nous pour voir Ping avant son premier mois, par tradition. Il semblerait que ca portait malheur ou quelque chose comme ça. Beaucoup de choses sur le premier mois de vie au Vietnam:

-La nouvelle maman ne doit pas se laver les cheveux. Hum...Impossible pour moi!

-Elle suit un régime alimentaire qui repose sur des aliments Yang = viandes, bouillons, gingembre, tout ce qui est gras (par opposition au Ying = certains fruits, les legumes...). Pas tres equilibré tout ça. Ah oui, je ne dois rien boire de glacé non plus sinon je vais avoir mal aux gencives à 50 ans!

-Bébé et maman ne doivent pas sortir de la maison (mise en quarantaine, quoi)

J'ai dû jongler avec tout ça et ce ne fut pas toujours facile de dire à ma mère et ma belle-mère que les temps ont changé. J'ai quand meme fait plaisir à ma mère en buvant son bouillon au poulet et aux médicaments chinois qu'elle a apportés de France. Je ne peux quand meme pas briser le coeur de ma mère...

Pour en revenir à la fête: Ping fut donc la vedette du jour!

Photos: Ping avec les parents devant l'autel des ancêtres (stop les flash, semble-t-il dire) et Ping sur son transat dans son ensemble tout neuf offert par mes collègues de bureau.

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17 février 2008

11th Japan Media Arts Festival

J'ai passé mon week-end au National Art Center à Roppongi.

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Vue du 3ème étage, avertissement aux personnes prises de vertige, éviter de manger du Paul Bocuse sur la terrasse intérieure. Sublime architecture

Non, ce n'est pas une blague, j'y suis allée samedi et dimanche pour voir le Japan Media Arts Festival.
J'adore l'art visuel et le festival a tenu ses promesses.

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l'entrée du Festival, plus beau qu'une boite de nuit et tellement plus instructif

Divisé en 4 grandes sections: art, entertainment, manga et animation. Un jury de professionnels a primé les oeuvres présentées et elles étaient nombreuses.
Où peut-on visiter une exposition multimédia et interactive, gratuite, jouer au tennis sur la Wii, essayer la PSP, la Nintendo DS, lire des mangas, et voir plus de 7h de dessins animées de la série télé SF au court métrage le plus indépendant et littéraire? Au Japon bien sûr.
Voici quelques photos de ce Festival et des oeuvres qui m'ont le plus plues.

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"Fondation dans les airs"
En bas, nous voyons une photo traversée par un trait rouge, en haut sur fond noir, le même trait noir est reproduit en trois dimensions et nous visualisons ainsi les dimensions de l'espace. Bluffant

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Biotech: la nature sous rayon X ou création complète inspirée de fleurs androïdes? Poétique

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Stability, Disaster Log
Ou comment jouer à la poupée vaudou technologique. On tient en main une boite blanche qui est reproduite sur l'écran, à l'intérieur de la boite en 3D face à soi, une chambre et un homme, lorsqu'on secoue la boite, la chambre bouge également comme sous l'effet d'un tremblement de terre.
Un conseil: promouvoir ce concept pour faire un jeu avec la Nintendo Wii, secouer la boite et se prendre pour dieu, ça doit bien défouler après une journée de travail éprouvante.


  Videos de Issey Myake et à coté Super Smile (une jeune fille qui nous sourit pendant plus de 2 minutes dans sourciller une seule fois, inquiétant...)

Le concept de la video de Miyake est le mouvement de points blancs sur un fond noir, les points blancs indiquent les articulations principales du corps humain et peu a peu, apparait plusieurs formes humaines

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Section Manga : les lauréats avait deux planches format géant, sur une table sous verre, les visiteurs pouvaient voir des planches originales ou le travail préparatoire des dessinateurs, les mangas étaient aussi à la lecture en libre service.
Si des personnes doutent encore que les mangas sont des oeuvres d'art à part entière...allez-y lire et admirer.

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Section animé: dans la catégorie long métrage, le prix d'Excellence est revenu à Summer days with Coo de HARA Keiichi.
Une histoire d'amitié et d'initiation entre un petit garçon et un jeune Kappa nommé Coo. Coo est un kappa, un Kappa est un animal de rivière fantasmagorique vivant à la période Edo (au temps des samourais), qui parle la langue des humains, a une force surhumaine quand il joue au sumo (jeu que le Kappa adore) et possède des pouvoirs surnaturels. Sous des abords très conventionnels (dessins, histoire pour les enfants de 7 à 77 ans), une étude de la société japonaise, de la famille, du statut de hijime (souffre-douleur à l'école) est très finement déroulée avec nuance et humour dans ce long métrage qui arrive touche à notre coeur d'enfant.
Le réalisateur qui est aussi l'animateur de Crayon Chinshan, mon petit écolier japonais gaffeur préféré, a porté le projet de ce long métrage pendant 20 ans, paralèllement à son travail sur les séries animées TV.
J'ai pu assisté dimanche, avant la projection du film, à une conférence avec trois grands animateurs dont HARA Keiichi et YAMAMURA Koji, réalisateur de Kafka's Country Doctor (un court métrage d'animation très originale et métaphysique). La conférence était très vivante avec des extraits vidéos du making of de Kafka's Country Doctor et la bande annonce de Summer days with Coo. Les animateurs présents, devant une audience de plus de 100 personnes étaient très à l'aise pour parler de leur travail et des oeuvres de leurs collègues, ce qui est un fait rare pour être signalé. Les artistes ne sont pas tous en mesure de juger leur création ou d'en parler avec enthousiasme et clarté. Bravo

Section Entertainment: Ma palme de l'humour au Festival: HILLARANT! Please enjoy the hilarious tragedy of The Ice Cream!!!

Tout savoir sur les oeuvres et les artistes : http://plaza.bunka.go.jp/english/

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09 février 2008

Arts a Tokyo

Je suis dans ma période de sorties artistiques!
J'ai trouvé un site génial en naviguant sur internet : Tokyo Art Beat, TAB pour les initiés!
Ce site sur les expositions artistiques regroupent tous les styles: grandes expositions, artistes contemporains, spectacle vivant, multimédia et leur classification est vraiment très bien faite: par lieu, par genre, par prix de l'entrée (il y a plein d'expos gratuites dans des sympathiques petites galeries), par durée (on peut savoir tout de suite les expositions qui se terminent bientôt).
C'est ainsi que j'ai découvert la minuscule galerie Kikari (pas plus grande que mon appartement) dans une ruelle près de Shinjuku, loin des rumeurs de la ville. Les deux expositions que j'y ai découvert m'ont enthousiasmée, souvent les deux artistes aux oeuvres complémentaires y exposent en même temps. Etant donné que c'est une petite galerie...ce sont les artistes eux-mêmes qui accueillent les visiteurs et ainsi je peux faire d'une pierre deux coups, découvrir et poser des questions sur des oeuvres intéressantes présentées et en même temps, améliorer mon japonais en dialoguant avec les artistes présents!
L'entrée de la galerie Kikari est GRATUITE!!! Courez-y si vous passez à Shinjuku, cela vaut vraiment le détour.

TAB button

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03 février 2008

3 février 2008 Il neige sur Tokyo

Ce matin, je me suis reveillée au chaud sous ma couette; par la fenêtre en verre floutée, j'ai eu l'impression de voir quelques flocons de neige virevoltés dehors, j'entendais au loin le son frissonnant d'une pelle qu'on utilise pour déblayer un chemin. Me décidant à sortir de mon cocon, je voulais en avoir le coeur net et effectivement, un pays de neige s'était créé pendant la nuit, enveloppant Tokyo dans un grand manteau blanc, les flocons de neige continuaient à remplir le ciel et passait malicieusement par ma fenêtre lorsque je réchauffais ma soupe oden dans ma cuisine. Voici le jardin voisin à mon petit immeuble:

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Intrépide comme je le suis parfois, je me décidais à enfourcher mon vélo pour aller retirer de l'argent pour payer mon loyer et faire quelques emplettes. La neige ne tiendrait certainement pas dans la capitale nipponne, me dis-je naïvement. Attention, Imprudence! Prendre mon vélo dans des rues étroites où parfois les trottoirs sont inexistants et/ou indiqués par une bande blanche qui a évidemment disparu sous les 3 cm de neige, avec pour voisins de route des voitures et des bus roulants au pas, à moins d'avoir des idées suicidaires, c'est une expérience extrême que l'on pourrait qualifier du hors-piste en territoire citadin!
Au bout de 200m, je me decidais de pousser mon vélo plutôt que de m'entraîner au patinage artistique sur deux roues.

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Ceci est une rue de Tokyo, si si. On n'est pas au Canada...mais ça y ressemble presque. Si ça continue, j'investis dans des raquettes.

Voici le petit temple de mon quartier:

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Samedi soir, lorsqu'il ne neigait pas encore, avec Kana, Yuriko et Fabienne, nous sommes allées s'encanailler dans un izakaya organic (terme branché qui veut dire restaurant japonais macrobiotique où on ne mange pratiquement que des légumes bons pour le corps et l'esprit):

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C'était vraiment excellent, les plats sont très bien cuisinés, nous sommes loin de l'image des bols de légumes et de céréales complètes fades à la vapeur sans matière grasse. Je vous recommande surtout la salade détox, la tarte au potiron et les beignets de soja (on aurait cru à s'y méprendre de la vraie viande) à la sauce chinoise. J'ai aussi découvert pour la première fois du vin bio...intéressant.
L'ambiance, le cadre et le service était très sympathique et convivial. C'est une bonne adresse pour dîner Gaya Aoyama.
Le prix moyen par personne est de 3600 yens, inclus du vin.

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26 janvier 2008

Nguyen-Lam Alexandre Nhat Quang (Ping)

Né le 17 janvier à 15h30, 50 cm pour 3,455 kg, à l'hopital franco-vietnamien d'Hochiminh-Ville.

Ressemble un peu (beaucoup?) à son père, un peu à sa mère aussi.

Aime déjà écouter la musique, prendre son bain, écouter ses parents lui raconter des histoires.

Fait fondre les 4 grands-parents, les 2 parents, tous ses oncles et tantes, ses cousins.

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15 janvier 2008

l'acteur de Kabuki ou le sacerdoce théâtrale

Tous les mardis soir à 22H sur la chaîne de télévision NHK, il y a l'émission "Professionnels" qui présente un portrait d'un japonais, passé maître dans sa discipline avec des reportages sur sa vie quotidienne, son travail, des interviews sur un plateau télé.
La semaine dernière, c'était un sushiya-san qui a son restaurant à Ginza et qui vient de recevoir 3 étoiles au Michelin pour ses sushis.
Cette semaine c'était un grand acteur de personnages féminins du Kabuki.
C'est tout simplement passionnant.

L'acteur de Kabuki, dont je n'ai pas retenu le nom, danse depuis 50 ans, il a commencé à danser à 6 ans et malgré une condition physique fragile, une jambe plus petite que l'autre, une grande taille qui faisait rire le public quand il apparaissait sur scène à ses débuts, il n'a pas arrété à monter sur scène et a persévéré jour après jour pour développer sa technique.
C'est assez stupéfiant, comment un homme peut à ce point interpréter la féminité absolue sur scène, se déplacer, danser avec un éventail, porter plusieurs kimonos flambloyants avec la grâce et nous subjuguer:
Qui est femme, qui est homme?
Est-il possible que je puisse jamais atteindre cet idéal féminin même si je suis pourtant une femme!
Lorsqu'on le voit, se maquiller, recouvrir son visage de blanc, poser du rouge sur le coin externe de ses yeux, sur ses lèvres, dessiner des fins cheveux noirs au pinceau le long de son oreille, se transformer devant son miroir avec toute cette concentration, il peint sur son visage le personnage qu'il va interpréter. Cela me rappelle à quel point le théâtre est une chose merveilleuse et la scène un monde immense, à quel point j'aime le théâtre.
Au théâtre, on fait semblant, on fait tellement semblant que cela devient plus réel que la réalité, on arrive parfois à toucher à  autre chose, à l'invisible, lorsqu'on joue soi-même, on se sent bruler en soi une énergie,  on ressent la presence, l'émotion, l'attention de chaque personne en face de nous. Lorsqu'on est spectateur devant un merveilleux spectacle, on se sent en communion avec tout ce qui nous entoure, nos yeux ont l'honneur de se poser sur la beauté absolue, la perfection.
Cela me rappelle la sensation intense, ce sentiment d'être dans un cocon, être bien là dans un lieu magnifique lorsque je marchais sur la scène vide de l'Opéra de Massy, du temps où j'y travaillais, le seul plaisir d'arpenter une grande scène nue sans décor qui porte malgré tout les traces, les odeurs, le souvenir de tous les personnages qui y ont été interprétés, tous les artistes qui s'y sont produits, et de tous les spectacles à venir aussi. C'est très émouvant, un théâtre est comme une page blanche sur laquelle on peut écrire tout ce que l'on veut, inventer les univers les plus fous, y déployer toute son imagination.

On voit aussi cet acteur répété avec le livre de la pièce glissé à l'intérieur de son kimono, il note soigneusement ses répliques et le nombre de mots de chacune d'elles, pour se souvenir de tel ou tel passage difficile. Même si les pièces de kabuki ont été écrites il y a des siècles et sont inlassablement interprétées, même si le répertoire est gravé dans le marbre, les acteurs répétent les gestes, cherchent la perfection dans le cadre éternel du texte de kabuki. L'acteur dit qu'il tend tous les jours à la perfection sans jamais être complètement satisfait, car finalement atteindre la perfection, son idéal, c'est la fin, il n'y a plus rien après. Chaque jour, il va au théâtre, passe par l'entrée des artistes, sur une planche en bois est inscrit son nom et il pointe un petit bâton rouge surmonté d'une boule, il introduit ce petit bâton dans un trou sur la planche en bois, en bas de son nom, il prie, salue le concierge et va travailler.
Après chaque représentation, tous les acteurs viennent devant sa loge en tatamis et s'assoient sur les genoux et  font une courbette et le remercient d'avoir joué avec eux, il leur répond également assis à genoux en baissant la tête le plus près du tatamis.
Ensuite, il rentre toujours directement chez lui. Il dit ne jamais se projetter dans l'avenir, mais pense juste à demain car demain, dans la minute, dans la seconde, tout peut s'arrêter, son corps peut le lacher et il se peut qu'il ne puisse plus jamais danser, ni monter sur scène. Tous les soirs, il rentre chez lui et se fait masser , son corps tout courbaturé d'avoir porté des kimonos de plusieurs kilos (et dire que les Japonaises portaient ces habits de brocat de plusieurs dizaines de kilos il y a des siècles!!).
Tous les jours, sa vie est toute consacrée à son art, il va du théâtre à sa maison et de sa maison au théâtre. A-t-il une vie? A-t-il des amis? S'amuse-t-il? Ne vit-il pas comme un moine, un ascète voué à une seule religion: son art? Ca donne un peu le vertige.

La conclusion que je retire de cette émission passionnante, c'est cette force de concentration des Japonais, cette rectitude qui devient rigide, conservatrice et mortifère mais qui peut être également le chemin le plus rigoureux vers la perfection. Il y a plusieurs façons d'atteindre son but, certains Japonais ont la patience de répéter inlassablement le même geste, la même routine.
C'est également une valeur assez répandue en Asie et dans l'art en général, comme dans l'Opéra de Pékin ou les danses indonésiennes, ce qui nous est donné à voir est le fruit d'un très très long entraînement, de l'effort, tout est réfléchi, tout est travaillé, précisément. Ce qui parait simple est la chose la plus difficile, ce qui impalpable demande le plus d'efforts.

Il existe un proverbe japonais :ishi no ue ni mo san nen 石の上も三年 si on s'assoit trois ans sur une pierre froide, à coup sûr, elle deviendra chaude! Conclusion: il faut faire des efforts et persévérer et ne pas perdre confiance.
Au Japon, certains passent plus que 3 ans à faire des efforts...ils le font toute leur vie!

Posté par sanspaysfixe à 15:53 - Sous le ciel de Tokyo - Commentaires [1] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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